Assurance vie : des versements record, mais tous les fonds en euros ne profiteront pas des taux
Les Français ont versé 15,4 milliards d’euros sur leurs contrats en septembre, un niveau jamais atteint pour ce mois. D’après les premières estimations, la remontée des taux longs devrait profiter aux fonds en euros en 2026, mais l’écart entre fonds récents et contrats anciens risque de se creuser.
Les chiffres de septembre contiennent une curiosité. Les épargnants ont déposé 15,4 milliards d’euros sur leurs contrats d’assurance vie, un record pour un mois de septembre selon France Assureurs, et en ont laissé 4,1 milliards de plus qu’ils n’en ont retiré. C’est le 33e mois consécutif de collecte nette positive, relève le Cercle de l’Épargne. Pourtant, l’encours total est passé de 2 171 milliards d’euros fin août à 2 161 milliards fin septembre. Dix milliards ont disparu malgré l’argent frais. L’écart tient vraisemblablement à la baisse de valeur des unités de compte, dont l’encours suit les marchés, les fonds en euros étant comptabilisés à leur coût d’achat. La fédération ne l’explique pas.
Le mouvement de fond reste puissant. Depuis janvier, les cotisations atteignent 154,2 milliards d’euros, un plus haut depuis 2006 sur neuf mois, et la collecte nette 47,6 milliards, 6,7 milliards de plus qu’un an plus tôt. Les unités de compte (UC), ces supports investis en actions, obligations ou immobilier sans garantie du capital, en captent 36,7 milliards, plus des trois quarts. « Avec 15,4 milliards de cotisations en septembre 2026, les Français réaffirment leur confiance dans l’assurance vie », commente Paul Esmein, directeur général de France Assureurs. Le contraste est net avec le Livret A, qui a perdu 1,52 milliard sur le même mois selon les chiffres de la Caisse des Dépôts.
Septembre n’est pourtant pas un mois porteur. Sur dix ans, la collecte nette moyenne d’un mois de septembre plafonne à 1,2 milliard d’euros, selon les calculs du Cercle de l’Épargne, soit plus de trois fois moins que cette année. En 29 ans, seuls quatre mois de septembre se sont soldés par davantage de retraits que de versements (2011, 2012, 2016 et 2020), le pire étant celui de 2011, avec plus de 1,8 milliard de décollecte. Côté sorties, les prestations versées ont atteint 11,3 milliards d’euros, en hausse de 6 % sur un an, sans entamer la dynamique.
Des fonds en euros qui suivent les taux avec retard
Le 21 octobre, le rendement de l’obligation assimilable du Trésor (OAT) à dix ans a brièvement dépassé 5 % en séance, une première depuis juillet 2002, avant de s’installer au-dessus le lendemain. Pour les fonds en euros, composés surtout d’obligations conservées jusqu’à leur échéance, la nouvelle est bonne, mais lente à produire ses effets. Seuls l’argent frais et les titres arrivés à terme se replacent aux taux du moment. En 2025, le taux moyen servi sur les contrats individuels est resté à 2,63 %, comme en 2024, selon l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Les premières estimations pour 2026 vont de 2,7 % pour le Cercle de l’Épargne à 2,9 % avant prélèvements sociaux pour le cabinet Good Value for Money. Philippe Crevel, directeur du Cercle, met en garde : « Plus la hausse des taux est forte et brutale, plus les moins-values latentes sont importantes. » Les assureurs, explique-t-il, « peuvent ainsi être tentés de limiter la hausse des rendements servis aux assurés afin de préserver leurs marges financières, voire de reconstituer leurs provisions pour participation aux bénéfices ». Ces réserves, mises de côté les bonnes années pour lisser les rendements, ne représentaient plus que 4,0 % des provisions des contrats individuels fin 2025, contre 4,3 % un an plus tôt, d’après l’ACPR.
Petits fonds récents contre grands encours anciens
Tous les contrats ne partent pas de la même ligne. « Les fonds euros de taille réduite et créés récemment sont susceptibles de bénéficier de rendements plus élevés, car ils ont pu constituer leurs portefeuilles obligataires dans un environnement de taux plus rémunérateurs », souligne Philippe Crevel, quand les fonds anciens restent lestés des obligations achetées pendant les années de taux bas. L’ACPR mesure déjà ces écarts. En 2025, les mutuelles ont servi 3,17 % en moyenne, les bancassureurs 2,70 % et les assureurs traditionnels 2,48 %. Au sein d’un même assureur, l’écart entre la génération de contrats la mieux servie et la moins bien servie atteignait en moyenne 0,99 point, contre 0,77 un an plus tôt. Sur 50 000 €, cela représente environ 500 € d’intérêts par an avant prélèvements sociaux.
Reste l’inflation. L’indice des prix à la consommation a progressé de 3,1 % sur un an en septembre, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), sous l’effet de l’énergie. Le Cercle de l’Épargne retient une hausse des prix prévue à 2,2 % en moyenne sur 2026, sous les 2,7 % qu’il anticipe pour les fonds en euros. Il ajoute aussitôt : « Après prélèvements, cet avantage pourrait néanmoins être largement effacé. »